Ségolène! Faisons un rêve
"Je voudrais tenir un magazin de rèves où on ne vendrait que de l'imaginaire"(Pierre Dac)
A L’AUBE DU «GRAND SOIR»
Conte philosophique
Pour l’édification des masses
laborieuses et oisives d’ici, d’ailleurs et d’autre part
Nous étions tous là autour de notre chef, une femme au caractère bien trempé, notre chère Enélogès la majestueuse, d’extraction royale. Il y avait moi Vinteuro et tous les fidèles de la révoltitude participative active et réactive, comme François Bersanem Ketoua, Jiji-Loulou Biankomnèj, Arnaud du Bourg de Mont, Jean de Belfort, grand pêcheur de chevesnes. Il y avait aussi les repentis de l’errance dans le Sahara de la pensée valétudinaire, qui avaient eu un certain temps la funeste velléité de monter seuls à cheval. Ils avaient aujourd’hui enfin compris qu’on ne peut pas être seul à plusieurs, surtout lorsqu’il n‘y a qu’un unique destrier caparaçonné et harnaché, que notre digne héritière spirituelle de Jeanne la Pucelle chevaucherait hardiment dans la grande joute de la rose de Solferino sus à la jatte de l’ïle à Neuneu. Donc Il y avait aussi Jean-Luc Mieldanchois, Jean Dupin Deslandes et du Foie gras réunis, Fabiuzékoutume de Normandie , Michou de Conflans, Bertrand de Lutèce en Parisis, le comte Mosca de vinci et même François du Polder et Chenu de Ré revenu, ce dernier, à contre-cœur et à reculons. Il n’y avait pas Dédé Hachka. Il s’occupait de la menue monnaie mondiale outre-Atlantique Nous aurions bien aimé qu’au sein de notre cercle fraternel indivisible vienne se joindre François kapahulpau du Vergalan. Malheureusement le béarnais souffrait d’un trouble obsessionnel compulsif et passait ses jours et ses nuits, juché sur son cheval blanc à chanter «Robyen veux-tu? ton absence a brisé ma vie …».
Nous étions donc réunis, sereins, mais le nerf tendu et le muscle bandé dans l’impatience trémulante de l’action décisive tout autant qu’incisive et excisive. En effet, Salonic Yzokras dubôdanubebleu était tombé au plus bas dans les sondages. 1,25 pour cent. Du jamais vu. L’aube du «Grand Soir» allait enfin se lever et quand à minuite le soleil brillerait à son zénith (minuite c’est pour la rime), l’heure de l‘action aura sonné.
Nous avions un grand projet révolutionnaire fondé en partie, en partie seulement (faut vivre avec son temps) sur l’enseignement du frère Carolus Groucho du monastère de saint Eloi l’orfèvre en la matière, qui nous avait aidé à remettre nos idées à l’endroit. Pour lui, tout s’explique par l’Economie. Nous ferions donc de l’Economie. Mais attention! Pas n’importe quelle Economie! Il est inscrit, dit-on, dans la sacrée Constitution que tous les hommes naissent égaux en droit. Ce fait prétendument établi mais resté en réalité sur l’établi, il nous faudrait donc l’établir dans la réalité des faits. L’égalité devra être totale et congénitale. Je dis bien congénitale ce qui n’a rien d‘impoli ni de lubrique. Vous constaterez bientôt la pertinence du choix de ce mot. Nous instaurerons donc le totalitarisme égalitaire et paritaire au profit de tous, les petits, les grands, les gros, les maigres, les intelligents, les moins intelligents -souvent abusivement appelés cons, les mous, les durs, les homos, les hétéros, ceux qui naviguent à voile et vapeur, les abstinents, les continents les portés sur, les costauds, les fluets, les myopes, les hypermétropes, les astigmates, les borgnes y compris le père de la Marine de la Nuque Nationale, les chevelus, les chauves, les aveugles, les yeux de lynx, les clairvoyants, les obtus, les curés, les bouffe-curés, les gnostiques, les agnostiques, les sculpteurs, les peintres, les iconoclastes, les culs-de-jatte (tiens tiens!), ceux qui marchent à côté de leurs pompes etc.
Tout cela, c’était l’objectif. Mais pour l’atteindre il nous fallait nous emparer du pouvoir. Comment s’y prendre? Nous avons pour cela fait appel au camarade Claudius Lejoyeux, grand savant parmi les savants. Mais, outre ses idées souvent fort dérangeantes et farfelues comme celle de faire crever de faim les éléphants du zoo de Vincennes sous le prétexte que ce sont des descendants de mammouths (il avait même envisagé d’inclure les pachydermes du PS mais s’était ravisé pensant qu’un régime idéologique à base de poisson cru bourré de magnésium suffirait à les remettre sur la bonne voie) il a toujours eu l’habitude de ruer dans les brancards. Nous avons donc dû l’enfermer au pain sec et à l’eau avec un crayon et du papier toilette dans les chiottes en le menaçant de l’y laisser tant qu’il n’aurait pas trouvé le moyen scientifique et technique de nous mettre en mesure de parvenir à nos fins aussi nobles que roturières, citadines, suburbaines et campagnardes.
Au bout de quinze jours Cloclo (nous l’appelions affectueusement ainsi pour l’amadouer quand il était de mauvaise humeur), Cloclo, donc, frappa à la porte de la tinette. J’ai fini, ouvrez-moi nom de Dieu! Nous ouvrîmes et il sortît. En rogne et le sourcil en bataille des mauvais jours qu’il était effectivement le Cloclo. Sans doute à cause du pain sec. Ça y est. J’ai l’idée d’un dispositif de très haute technologie qui vous permettra de rendre le contrôle de l’Etat et de tous les appareils, économique, industriel, financier, administratif, municipal, régional, éducatif, récréatif, sportif et tout le saint-frusquin. Il proposa de nous dicter une liste de tout ce dont il aurait besoin pour mener son œuvre à terme. Nous étions tout ouïe. Il commença: Un saucisson à l’aïl, une tête de veau sauce gribiche accompagnée d’une bouteille de bourgogne aligoté. Nous nous regardâmes effarés, roulant des yeux ronds comme des soucoupes, comme qui aurait vu, transi de peur, des petits bonshommes verts -à n’en pas douter, des martiens- descendant de la leur, de soucoupe. Nous nous demandâmes, chacun dans son for intérieur, extérieur et postérieur, si ce n’était pas Cloclo qui était à ligoter. Rendu furieux devant notre subit étonnement et notre air interrogatif mêlé d’inquiétude sur sa santé mentale, il dit sur un ton comminatoire à la hauteur de son ire, continuez d’écrire: un cassoulet à la saucisse de Toulouse et petit salé de morue, une bavette à l‘échalotte, un camembert du cru au lait du même nom et louché à la mouche, un millefeuilles de papier toilette, une livre et demie de fromage de tête d’aurochs des Vosges de Champagne et des Ardennes réunis, un baba au rhum au calva parce que je n’aime pas le rhum, et enfin deux bouteilles de Brouilly. Passons à la technologie: 850 mètres de fil de cuivre vert-de-grisé, 45 aimants de haut-parleurs, 892 aiguilles de gramophone à pavillon Voix de son Maître modèle 1895, deux kilos de pâte à modeler, 25 punaises et 34 trombones, 551 kilos de puces de carte bleue, un guidon de vélo, un pédalier, une trompette de cavalerie, une laisse de lévrier afghan, un sachet de noisettes épluchées, un autre d’olives noires dénoyautées et 25 petites boites de tabac à priser et trois bâtons de pétun à chiquer plus le crachoir qui va avec, un élastique de petite culotte de ceux dont on se sert pour fabriquer les lance-pierres utilisés pour payer les caissières de supermarché. Enfin, et ce n’est pas le moins important, dit-il, 17 millions de tapis de prière en laine de baudet du Poitou aux grands yeux noirs de bohémienne lubrique, ainsi que 5 litres et demi du foutre d’icelui, incomparable autant que célèbre étalon géniteur d’émules dont nous aurons grand besoin pour acheminer d’un sabot assuré certains objets indispensables à l’aménagement de la cité céleste autant que merveilleuse et radieuse qui abritera le temple de la Cornucopia universalis (corne d’abondance pour les cancres) et que nous inaugurerons dans des pompes autrement imposantes que les godasses beaucoup trop grandes pour lui que la reine des Anglois réserva récemment à Yzocras. Nous pensâmes unanimes qu’il avait, comme nous le verrons plus tard, une idée derrière la tête l’ami claudius sapiens sapiens.
Il s’apprêta à partir et avant de franchir l‘huis de son pas alerte orange habituel, il déclara qu’il nous reviendrait dans trois mois avec sa machine, laquelle, dit-il, nous permettrait de nous emparer de tous les appareils d’état et autres broutilles citées plus haut sans coup férir. Tout le monde serait en effet épargné, les innocents, bien sûr, mais aussi les coupables, les spoliateurs, corrompus passifs et actifs jusques et y compris leur progéniture d’enfants gâtés, petits morveux voleurs de billes, sales petits branleurs vicieux, qui matent les cuisses de leur institutrice assise à son bureau, petits branleurs, disais-je, dont on tordrait le cou avec plaisir n’était notre engagement superbe et généreux digne du chevalier Bayard.
Pour commencer, poursuivit-il, vous allez tâcher de trouver un endroit verdoyant et de doux climat en un lieu désert à l’abri des regards curieux autant que concupiscents. Je pense, ajouta-t-il, que la Creuse ferait l’affaire d’autant plus que c’est à deux pas de mule de notre cher Poitou, fief de notre très aimée Enélogès et patrie de Guillaume d’Aquitaine, joyeux luron s’il en fût jamais. Cet endroit devra être assez grand pour y construire une cité pouvant abriter dans le plus grand confort quelque 15.OOO personnes y compris les Loulous de Poméranie, les Yorkshire toys à la truffe baladeuse, compagnons affectueux des dames esseulées, et les chevaux de course des messieurs, qui, monopolisant tous les instants de loisir de ceux-ci, expliquent la présence des toutous de celles-là. Naturellement la cité sera pourvue de piscines, saunas, jakuzys, salles de remise en forme, théatres, cinémas, boites de nuit, sexshops et tutti quanti, sans oublier les lieux de culte pour toutes confessions y compris le culte satanique ta mère. ll faut tout prévoir pour que personne ne se sente frustré. Nous consruirons aussi un campus universitaire multidiscplinaire, des crèches, des écoles maternelles, primaires et secondaires Enfin, au centre de cette cité radieuse sera construit un immeuble imposant qui abritera le QG opérationnel dont les fonctions vous seront révélées plus loin en aval du torrent tumultueux tout autant qu’édificateur de notre discours impétueux.
Avant de franchir enfin le seuil de notre logis austère mais frémissant d’impatience devant l’horizon d’albâtre où pointerait bientôt le soleil de minuit de notre gloire victorieuse (ou de notre victoire glorieuse si vous préférez), Cloclo Lejoyeux lança: Il n’y a plus de temps à perdre, hâtez vous, afin de construire cette sacrée nom d’une pipe de «Cité radieuse», de rassembler les bras noueux de vos troupes fidèles impatientes d’en découdre dans cette putain de lutte finale si longtemps annoncée et que sœur Anne n’a jamais vu venir, n’apercevant au loin que le soleil qui rougeoie et l’herbe qui verdoie.
Sans plus attendre, et dans un pléonasme parfait autant qu’unanime nous nous mîmes derechef au boulot. D’abord nous rameutâmes tous nos adhérents afin qu’ils se tinssent prêts pour une grande pochette, pardon, pour une grande surprise, nous les rameutâmes donc y compris les vinteuros bien qu’il ait fallu botter un certain nombre de fesses récalcitrantes ou simplement septiques, pardon, sceptiques (excusez-moi ce lapsus scripturae provoqué par la confusion mentale de la fesse et de la fosse). Il nous fallait des gaillards et des gaillardes en bonne santé et de toutes compétences professionnelles, manuelles, intellectuelles, scientifiques, artistiques, médicales, paramédicales, agricoles et surtout viticoles et picrocholines compte tenu du penchant de nos concitoyens pour la dive bouteille de notre ami François, pas celui que vous croyez mais l’autre. Il nous faudrait aussi des tenanciers de planche de bonneteau, des diseuses de bonne aventure, des taxidermistes, des travailleurs et travailleuses du sexe et des petites sœurs des pauvres pour ne laisser personne sur le bord de notre glorieuse route, en quelque sorte notre «via sacra» menant tout droit et sans broncher vers le totalitarisme égalitaire, paritaire et unitaire mais résolument débonnaire.
Dans un élan de notre grand cœur et pour que personne ne soit lésé puisque nous ne pouvions payer personne autrement qu’avec la promesse d’un avenir meilleur, que dis-je, meilleur, non seulement mais aussi radieux, fait de béatitude, jardin des Hespérides aux fruits d’or, en barre, lingots et Napoléons. Pour que personne ne soit lésé par perte de salaire, disais-je donc, nous résolûmes de ne mobiliser que les chômeurs et ceux qui s’emmerdent en vacances parce qu’ils n’ont pas de thune pour aller à la mer. Il y en avait des masses et ils n’avaient rien d’autre à perdre que l’inaction débilitante, source de tous les vices apparents et cachés qui, en plus, ne sont que rarement gratuits sauf certains d’entre eux quand ils sont solitaires.
Réserve Sainte-Eulalie
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Maintenant, se posait, comme une mouche importune sur une tarte aux cerises, le problème au premier abord insoluble de faire converger les matériaux et la main d’œuvre des quatre coins plus deux de l’hexagone dans une discrétion absolue, sinon tout allait foirer et s’en était fini du plus grand rêve que l’humanité ait jamais nourri depuis la naissance de notre ancêtre commun, l’homme en érection debout sur ses jambes et à qui, selon les manuels d’anthropologie, ne manquait ni la science ni la sagesse!
La solution nous fut spontanément offerte par le Frère Groucho III du monastère de Saint Eloi, descendant en ligne directe de Groucho 1er, ce qui explique sa sympathie à notre égard. La solution, nous confia-t-il, ne peut être que de type mérovingien, à savoir le char à bœufs . Ce moyen de transport rustique mais bucolique, rappelez-vous, fit autrefois le bonheur et la joie du bon roi Dagobert. Rien en effet ne ravissait plus celui-ci que d’aller ainsi transporté par les monts et les vaux fleuris de son royaume, offert à l’admiration affectueuse de ses fidèles sujets vaquant à leurs occupations de part et d’autre des chemins sentant la noisette. Ils relevaient la tête à son passage pour recevoir ses sourires et les baisers qu’il faisait, tels de blanches colombes, prendre vers eux leur envol en soufflant sur la paume de sa main. Quel bonheur, quelle tendresse!
Mais aussi émouvante soit-elle, trêve de billev... Pardon, trêve de digression. Revenons au pratique. Raide comme des passe-lacets en fer forgé que nous étions, il n’était pas question pour nous d’acheter les matériaux. En outre cela aurait pu éveiller les soupçons des malfaisants. Par bonheur, la mise à notre disposition de tout le nécessaire nous était assurée par de braves et chevaleresques donateurs de nos belles provinces et de la capitale, acquis à notre idéal et à nos convictions. De braves gens tout de même, non? Pas près de leurs thunes pour un sou qu’ils étaient nos mécènes. De la race humaine rares spécimens , n’est-ce pas?
jeunes l’art et la manière de «toucher» les bœufs, comme on dit en Poitevin, c’est-à-dire de les conduire à l’aiguillon par touches légères, subreptices et amicales sur le col. Il leur fallait également entraîner ces braves bovidés totalement novices à supporter le joug et à marcher en couple sans s’engueuler au contraire de ce que font généralement les couples humains.
Mais quand nos troupes seront en marche au pas lent des attelages bovins héros malgré eux au regard si doux, précédés par les bouviers qui marcheront du même pas paisible en sifflant de vieilles mélopées réapprises à la hâte, l’aiguillon sur l’épaule droite pour les gauchers et gauche pour les droitiers de telle sorte que la gêne ainsi causée leur interdise de somnoler, les gens au bord des routes pourront se poser des questions malencontreuses autant que néfastes à notre sublime projet sur le pourquoi de ces étranges caravanes d’un autre âge, traversant nos vertes campagnes par les chemins sentant bon l’herbe humide de rosée, la fougère ou la menthe sauvage. Mais nous y avions pensé et nous étions convenus d’expliquer à ces curieux importuns qu’il s’agissait d’une répétition générale en vue du tournage d’une grande reconstitution historique de l’exode de 1940. Pour donner plus de crédibilité à notre géniale explication nous nous étions mis en quête de vieilles charrettes à bras et triporteurs d’époque, engins de livraisons, reliques émouvantes, qui avaient survécu chez certains brocanteurs nostalgiques après une pénible carrière aux PTT, chez Félix Potin ou chez Nicolas, celui qui vend du pinard, pas celui qui vend du vent.
Les bovidés c’est bien beau me direz vous mi-narquois mi-curieux mais que faites vous des émules, progéniture biologique de notre vaillant Baudet du Poitou et de plusieurs centaines de juments du Perche aux jambes poilues comme l’Emilie de notre regretté Fernandel? Les émules vos répondrai-je, il en sera parlé plus loin en aval du grand fleuve paisible de notre discours qui coule inéluctablement et inexorablement, porté par la force indomptable irrésistible et implacable de l’attraction terrestre, vers notre mère à tous et aux autres d’ici, d’ailleurs et d’autre part: la «Mer de la Félicitude», étale comme un miroir, enfin délivrée des sacs et ressacs, derniers soubresauts du capitalisme sauvage agonisant dans un râle à faire pâlir les genêts de nos vertes campagnes.
Deux semaines passèrent, la «Cité radieuse» était enfin prête grâce aux bras noueux infatigables de nos incomparables travailleurs manuels, aux méninges acérées de nos admirables travailleurs intellectuels, à la dextérité inégalable de nos gérants de planche à bonneteau, à l’endurance de nos fakirs à planche à clous, à la perspicacité de nos diseuses de bonne aventure, à l’ardeur diligente de nos travailleurs et travailleuses du sexe, aux mains habiles de nos masseuses sans papiers thailandaises et au savoir-faire de tout ceux -et ils sont nombreux, que nous avons oubliés. Que ceux-ci nous pardonnent dans leur grande mansuétude verticale pour la plupart et longitudinale pour quelques autres. Il est vrai aussi que nous avions été bien aidé par l’utilisation d’ameublement à monter soi-même de chez Prestijiditorama.
Dans la Creuse, tout le monde n’y a vu que du feu, y compris les deux vieux gendarmes ventripotents qui avaient été oubliés là depuis plus de trente ans dans ce havre de paix, somnolents sur le pas de la porte de leur caserne à peine plus grande qu’une cabine de téléphone public et qui survivaient grâce aux dons alimentaires des âmes compatissantes des environs.
Nous avons toutefois failli avoir un gros problème avec l’éleveur de bisons creusois de Besançon. Prenant notre convoi de chariots pour des diligences de mormons en route vers l’ouest, il avait sauvagement foncé sur nous en hurlant comme un coyote, la bave aux lèvres et l’œil fulminant, brandissant ses deux pistolets à bouchons. Nous nous sommes sortis d’affaire grâce à une idée géniale. Nous lui dîmes qu’il y avait un énorme nuage de mouches à bœufs de l’autre côté de sa prairie et il partit derechef au galop faisant tournoyer son lasso au dessus de sa tête, le stetson en bandoulière tressautant sur ses épaules. Du John Wayne à l’état pur le gaillard.
Lorna Dillon
Lorsqu’il se fût approché, nous vîmes à la place habituellement réservée au passager un drôle d’engin de couleur orange tirant sur le violet et ressemblant à s’y tromper à une citrouille d’Halloween hérissée d’antennes torsadées en cuivre vert-de-grisé avec des boutons partout comme le visage de quelqu’un qui aurait attrapé la chtouille. Ça vous en bouche un coin hein? nous dit Cloclo. Mais le coin en question vous sera encore bien mieux bouché, pour ainsi dire à l’émeri, hermétiquement, quand vous verrez mon chef-d’œuvre en action, nous asséna-t-il l’oeil brillant et les sourcils en éventail de vieille rombière andalouse, un rien goguenard tout autant que fier de lui-même. Mais, demanda Enélogès à quoi cet engin peut-il servir? Il s’agit, déclara Cloclo sur le ton, empreint d’emphase professorale de quelqu’un qui sait de quoi il parle et pas pour ne rien dire. Il s’agit donc, dit-il, d’un générateur d’ondes hypnosomnambulatoires à effet sélectif couplé à un inhibiteur d’électrons également sélectif, lui-même associé à un générateur de flux électromagnétique bipolaire réversible agissant à distance comme un clapet de boite à outils d’une pression de plusieurs mégatonnes au cm2, comme qui dirait un supervelcros, si vous voulez. Cerise sur le gâteau, notre bijou est équipé d’un GPS détecteur d’ADN et de graphismes alphanumériques sélectif programmable et multidirectionnel. Cet engin, nous l’appellerons Pénélope. Ma chère Enélogès, occupez-vous du politique, moi je m‘occupe du reste et vous connaîtrez bientôt l’utilité de Pénélope lorsque nous en ferons usage et quand je dis usage je veux dire bon usage, car il n’est pas question de faire des conneries avec mon œuvre incomparable, invention géniale au regard de laquelle le concours Lépine n’est qu’un magasin de farces et attrapes, précisa-t-il dans la plus profonde autant que discrète humilité qui lui est naturelle.
L’action se déroulerait naturellement à Paris, objet de toutes les convoitises nationales, internationales et même, dit-on, extraterrestres. Nous en avions fixé la date au 31 octobre à 23h59,
de sorte que certains de ses aspects d’apparence insolite ou extravagante passent pour tout à fait naturels aux passants en cette nuit d’Halloween. Les chars à bœufs et les émules fils de baudet du Poitou et de nulle part ailleurs devaient être en position aux diverses portes de la ceinture de la capitale et pour faire encore mieux passer dans l’opinion le prétexte d’une reconstitution historique du grand exode de 1940, notre cher ami Claude Brachol, un vrai pote que nous avions naturellement mis dans le secret, avait décidé de mettre à notre disposition ses équipes de tournage, caméras, projecteurs, micros sur perches, escabeaux à roulettes, porte-voix et tout le saint-frusquin qui va avec.
A 23h59 sonnantes et non trébuchantes car ça n’était vraiment pas le moment de se prendre les pieds dans les tapis de haute ou basse laine, d’Iran ou de Turquie, Cloclo mit en marche le module inhibiteur d’électrons sélectif ainsi que le générateur de flux électromagnétique bipolaire également sélectif. Les bâtiments et véhicules de la police et de l’armée ainsi que leur moyens de communications radio et téléphoniques ont été les premières cibles sélectionnées. Les bâtiments en question se sont trouvés immédiatement et hermétiquement fermés, privés d’éclairage, et les véhicules, où qu’ils se trouvassent, irrémédiablement immobilisés . Les chauffeurs de ces derniers devaient être en ce moment en train de soulever leur casquette et de se gratter la tête en se demandant si c’est du lard ou du cochon. Rien qu’à cette idée, on se fendait la pipe mais quand même avec mauvaise conscience car on les aime bien nos flics quand ils ne nous foutent pas sur la gueule dans les manifs et nous ne leur voulons pas de mal. Mais enfin, selon les circonstances quand faut ce qui faut, faut ce qui faut. Pas? Toutes les télés furent également privées d’énergie électrique. Le black-out total du Paf et Pan dans le Pif de PPDA de Claire et d’Arlette (celle du Chat botté pas celle des travailleuses, travailleurs!). Pour que personne ne s’en étonne, nous avions, grâce à notre générateur électromagnétique, fait précéder la panne d’une annonce pirate indiquant que les émissions étaient interrompues pour trois heure, quinze minutes et 35 secondes en signe de deuil après la mort du Loulou de Poméranie de Carla. L’AFP et autres agences de presse furent également mise hors circuit.
nos chers concitoyens n’en pouvaient mais au point d’être las de défiler le 1er Mai pour des prunes et qu’ils seraient, animaux de compagnie y compris, acquis aujourd’hui à notre cause dans une proportion de 98,75 pour cent (se référer au sondage mentionné en amont), nous avions commencé à préparer minutieusement notre coup sans rien laisser au hasard.
C’est ainsi que nous avions discrètement, comme qui dirait subrepticement et en catimini, noyauté les services de police, plus particulièrement les Renseignements Généraux, le SCDECE et autres officines de moustachus à chaussures à clous, grâce à de discrets militants rompus à l’art de vous faire prendre du persil pour de la luzerne ou, au choix, des génies pour des badernes ou des cages d’escaliers de banlieue pour des poternes. De vrais pros!
Ces OSS-117 poussés en graine, défenseurs des prolos sans boulot et autres laissés pour solde de tout compte en banque et à la Caisse d’épargne, à savoir pratiquement tout le monde et tout un chacun, nous avaient fourni les codes ADN ainsi que les numéros de carte grise de tous les patrons et autres personnes d’importance dans l’échelle supérieure de l’Etat, des grandes entreprises industrielles, commerciales, financières, de tous les mecs du CAC-40 de leur conseils d’administration et de leurs staffs comme on dit en parler franc-comtois. Pardon! en Franglois. Nous n’avions surtout pas oublié les traders, dans le même registre de l’hybridation linguistique sans frontières du type OGM en voie de dissémination sauvage et généralisée. Vous saurez bientôt pourquoi. Et quand nous disons bientôt, nous disons tout de suite et illico.
Les douze coups de minuit sonnèrent, du moins là où il y a de carillons, et nous entrâmes dans ce qui devait rester à tout jamais fixé dans la mémoire des hommes, des femmes et des autres. Manuels d’histoire préparez vous à voir sur vos pages vierges l’encre du grand sursaut dessiner en lettres de feu le récit d’une aventure humaine sans précédent depuis la prise de la Bastille. Cloclo mit en route le générateur d’ondes hypnosomnambulatoires de Pénélope et régla le sélecteur sur les empreintes génétiques du président de la République, de ses proches conseillers et des ministres et secrétaires d’état, des dirigeants des entreprises du CAC-40 et de tous les secteurs de l’activité économique, industrielle et financière sans oublier leurs états-majors et les membres de leurs conseils d’administration.
Immédiatement et simultanément mis en état d’hypnose somnambulatoire il leur fut ordonné par voie télépathique de se rendre sans plus tarder sur les lieux de leurs activités pour y fabriquer comme à leur habitude, selon les mauvaises langues, leurs fameuses autant que célèbres cocottes en papier. C’est ainsi qu’en cette nuit d’Halloween, quelques badauds, bouche bée et n’en croyant pas leurs yeux, purent voir passer Rachida Dati et Michèle Alliot-Marie, marchant d’un pas mécanique robotique, raides comme des «I» majuscules, la tête haute, les yeux fixes et les deux bras tendus à 45 degrés, en direction de la place vendôme pour la première et de la place Beauveau pour la seconde.
Dans le même temps, il était demandé aux bouviers de mettre en branle leurs attelages en direction des mêmes lieux, accompagnés de 3.552 militants aguerris. Après avoir vérifié grâce au détecteur d’ADN de Pénélope la citrouille boutonneuse, que tous les hypno-somnambulés étaient arrivés à leurs bureaux, Cloclo Lejoyeux les y enferma hermétiquement à l’aide du générateur de flux élecromagnétique bipolaire, le fameux supervelcros que nous avons évoqué en amont. Dès que les chars à boeufs et les militants furent arrivés sur les lieux, Cloclo déverrouilla les huis et tout ce grand monde de la haute sphère étatique, commerciale, industrielle et financière, le président et les ministres en tête, fut emmené manu militari mais avec ménagement (on a du savoir-vivre) vers les chars à bœufs, qui prirent immédiatement le chemin de la Creuse direction la «Cité radieuse».
Immédiatement après, 851 militants en règle avec leur cotisation et 150 chars à bœufs accompagnés de 300 émules, fils et filles de Sire Baudet du Poitou et des juments du Perche patipolilues, se rendirent au domicile de chacun des «ravis» qui ne l’étaient sans doute pas dans le meilleur des deux sens du terme vu que malgré toute notre magnanimité à leur égard, ils étaient très inquiets, se rappelant le livre d’histoire où l’on raconte qu’à une certaine époque pas si lointaine au regard de l’éternité, les charrettes menaient tout droit à la guillotine. Au domicile de chacun, donc, on prit en charge femmes, enfants et animaux de compagnie, on les fît monter dans les chars à bœufs et on chargea les émules bâtés de leurs effets personnels, couches-culottes, rasoirs à épiler, produits de beauté, peignes, brosses à dents et quelques hardes de chez Christian Dior, Chanel, Lacroix et la bannière. Et hop! Direction la Creuse et qu’ça saute mes agneaux.
Nous avions le pouvoir. Il ne nous restait plus qu’à en informer la population dont ne doutions pas un instant qu’elle en fût ravie dans le meilleur sens du terme. Cloclo rétablit la distribution de l’énergie électrique dans les diverses stations de télévisions et les agences de presse, où l’on dépêcha des militants pour expliquer aux personnels et plus particulièrement aux journalistes l’incroyable nouvelle. Tous les ténors du PAF, comme PPDA, accueillirent celle-ci sans rechigner, du moment qu’ils conservaient leur job, comme il leur fut assuré, le reste, ils s’en tapaient totalement. Seule Arlette fit mine de piquer une crise de nerfs. Il fallut la ligoter sans toutefois trop serrer jusqu’à ce qu’elle vienne à résipiscence, ce qui ne tarda point.
Toutes les casernes de pompiers furent invitées à déclencher leurs sirènes d’alerte, ce qui réveilla le populo, lequel alluma immédiatement la télé pour savoir ce qui se passait. Un flash spécial commun à toutes les chaînes fut diffusé en boucle Il annonçait qu’Enélogès allait s’adresser aux Français pour une proclamation de la plus haute importance. Il était 3 heures, 15’ et 35’‘ lorsqu’elle apparut enfin.
«Chers concitoyens et concitoyennes. L’aube d’une ère nouvelle se lève à l’horizon de notre beau pays autrefois appelé la Gaule et dont nous avons hérité la bravoure et la hardiesse de nos ancêtres Asterix, Obelix, et Abraracourcix, sans oublier Falbala, qui me ressemble étonnamment. Mes camarades fidèles et moi-même nous sommes pacifiquement emparés du pouvoir sans même avoir eu besoin d’ingurgiter la potion magique de Panoramix. Dores et déjà, je vous promets une rupture totale et définitive avec le passé. Nous allons ériger du jamais vu, à savoir le totalitarisme égalitaire, paritaire et congénital.
«Pour ce faire, nous avons rassemblé tous nos ex-exploiteurs dans une cité merveilleuse, dotée de tout le confort et de tous les équipements de loisirs imaginables. Nous ne sommes pas, en effet, de ceux qui rêvent de camps de concentration. Ce que nous voulons c’est que tous ces rapaces avides, vampires qui nous mordaient au col puis suçaient jusqu’à nous rendre exsangues, puissent mettre, dans les meilleures conditions possibles leur savoir-faire au service de la Nation et non plus d’eux-mêmes. Tout repose sur l’Economie
nous enseignait le frère Groucho. Nous fonderont celle-ci sur la spéculation financière car il n’y a que cela qui marche par les temps qui courent. Tous les titres d’actions en bourse seront rassemblés en un fonds national géré par une chambre de compensation également nationale. Chacun des 65 millions de citoyens que compte le pays sera actionnaire à égalité de parts. Et, puisque l’égalité devra être congénitale, chaque bébé à sa naissance se verra attribuer sa part du magot national sous la forme d’un titre nominal. Toutes les parts seront révisées continuellement en fonction des plus-values obtenues grâce à l’action des locataires de la Cité radieuse ainsi que de la variation du nombre des actionnaires pour tenir compte de la balance des naissances vagissantes et des morts naturelles, accidentelles, suicidaires ou d’origine criminelle navrantes. Les traders et leurs chefs seront étroitement surveillés pour qu’il n’y ait pas d’embrouille et en cas de manquement au devoir nous avons prévu des châtiments tels que la privation de dessert et l’envoi au dodo sans télé. Il n’est pas prévu de fessées et cela pour deux raisons, la première c’est que la Commission européenne des droits de l’homme les interdit et la seconde parce qu’il-y-a certainement parmi eux, selon un calcul raisonnable des probabilités, quelques pervers qui les prendraient pour une récompense. Nous irons aussi beaucoup plus loin en matière de parité. Ainsi on ne dira plus systématiquement bonjour mesdames, bonjour messieurs. On dira, les jours impairs, bonjour mesdames, bonjour messieurs et les jours pairs (cela va sans dire), bonjour messieurs, bonjour mesdames. Pour les demoiselles la question est réglée. C'est une espèce en voie de d'extinction depuis la libération sexuelle de 68.
«Sur ce, mes chers concitoyens et concitoyennes, vive la République totalitaire et égalitaire et vive la France»!
Enélogès la majestueuse d’extraction royale avait à peine disparu des étranges lucarnes qu’une foule en liesse gigantesque et titanesque envahissait les Champs Elysées, la Cannebière et autres avenues prestigieuses de nos chères provinces en ovationnant leur libératrice. Cela dura jusque très tard dans la première journée de l’ère nouvelle
(Note de l’auteur: Ceci est une fiction et toute ressemblance avec une quelconque personne ne peut-être que fortuite)
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