"PRINTEMPS ARABE": L'EXCEPTION LIBYENNE (art. augmenté)

Publié le par Yaqzan

 
Un cadeau empoisonné de Sarkozy au peuple libyen



En se rangeant politiquement et militairement  aux côtés de l'insurrection libyenne avec une précipitation qui a étonné certains observateurs indépendants  (*), la France,entraînant dans son sillage quelques uns de ses alliés de l'OTAN, notamment américains et Anglais, s'est non seulement rendue coupable de violation des principes de la charte des Nations Unies qui interdit cette forme d'ingérence  mais elle fait un cadeau empoisonné au peuple arabe de Libye.

Il ne fait pas de doute que la coalition occidentale viendra à bout du régime du colonel Kadhafi, avec la complaisance d'une opinion internationale en grande partie aveuglée par son exécration du fantasque colonel. Ce faisant, le peuple libyen ne pourra pas se glorifier de s'être débarrassé de son despote les mains nues et la poitrine ouverte face aux balles de la répression comme l'ont fait les Tunisiens, et les Égyptiens et tentent de la faire aujourd'hui les Syriens.

Pire encore, la chute du colonel Kadhafi apparaîtra comme l'oeuvre d'une intervention occidentale qui ne manquera pas d'être taxée de néo-colonialiisme. Aussi,   le peuple Libyen, face à ses frères Arabes de Tunisie, d' Égypte, de Syrie, de Bahrein et du Yémen  portera comme un stigmate le fait d'avoir sollicité l'aide militaire de l'Occident pour renverser un despote certes, mais qui portait en lui le souvenir mythique de son héros de l'Arabisme, le colonel Gamal Abdel-Nasser.

Un coup d'état téléguidé et soutenu militairement par l'Occident?

 

La rebellion libyenne a tous les aspects d'un coup d'état en cours d'exécution et je ne pense pas que ce soit le peuple libyen qui ait sollicité l'intervention extérieure, mais ce fameux Conseil National de Transition auto-proclamé , aux intentions et contours incertains dirigé par au moins deux  transfuges du régime, l'ancien ministre de la justice de Kadhafi, Moustafa Mahmoud Abdel-Jalil, objectivement complice de ce dernier dans les condamnations d'opposants au régime. Quant au premier ministre Mahmoud Jibril, qui semble fréquenter beaucoup les capitales occidentales; formé notamment aux Etat-Unis, il avait été chargé par Kadhafi de diriger un comité de développement économique mais il s'est surtout employé à favoriser les privatisations et la mise en œuvre de politiques économiques néo-libérales au détriment de la large répartition des richesses, qui était la marque du régime du colonel.

 

Que ce coup d'état ait été inspiré par les occidentaux n'est qu'une hypothèse, mais il est vrai que l'esprit d'indépendance du colonel Kadhafi et son comportement impévisible pouvait apparaître comme de nature à gêner les projets géostratégiques de l'Occident dans la région Maghreb-proche-Orient et notamment l'Union pour la Méditerranée morte aussitôt céée.

 


Risque de chaos et  retour des salafistes

Mais ce qui est le plus à craindre, c'est le danger de chaos de "l'après-Kadhafi", le retour en masse des intégristes et salafistes de tous poils, les incursions de l'AQMI aux confins du Sahel. Le danger est d'autant plus prévisible qu'en Tunisie et en Égypte, notamment, mais aussi en Algérie, la levée de l'état d'urgence à ouvert de larges boulevards à l'action des intégristes et autres salafistes. Ceux-ci n'ont pas tardé à se manifester notamment en Egypte, où un imam a récemment condamné la mixité dans les universités et où d'autres attisent la haine du Copte latente, ou encore en Algérie avec la multiplication des sessions (halaqat) d'enseignement de la Charia aux jeunes gens, sessions, qui selon l'un de ses responsables cité par le journal El-Watan, "ne sont pas faites pour débattre mais pour écouter l'imam".

Sarkozy en quête de gloire, l'oeil rivé sur 2012

Reste a expliquer l'empressement de Sarkozy dans cette aventure. Je ne vois pour ma part qu'un seul mobile; En se faisant reconnaître comme le "tombeur" de kadhafi à l'instar d'Obama "tombeur" de Ben Laden, l'hôte de l'Élysée espère se refaire une santé électorale. Le "bonheur à venir" du peuple libyen, qu'il ne manquera pas de faire miroiter lors de sa prochaine visite à Benghazi, ne le préoccupe pas plus que celui de sa première chemise. Ce souci n'est pas dans la tradition des va-t-en-guerre.

Et tout cela dans le vacarme des bombes qui ravagent Tripoli faisant nécessairement de nombreuses victimes civiles en dépit des dénégations de circonstance.

 

*) Anne-Cécile Robert "Le Monde Dipmomatique" (mai 2011)

Publié dans proche et moyen-Orient

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L
<br /> C'est triste  mais malheureusement vrai! Bel article en tout cas!<br /> Bonne continuation<br /> <br /> <br />
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