CHICHI LE CHOUCHOU ...

Publié le par Yaqzan


Des Français


Ces jours-ci les journalistes s'interrogent à qui-mieux-mieux sur les raisons de l'immense popularité de Jacques Chirac révélée par un sondage récent. Ils s'accordent pour dire que si les Français l'aiment tant c'est tout simplement parce qu'il n'est plus président. C'est à mon humble avis complètement absurde.

Il faut avoir l'esprit obtus pour ne pas comprendre que s'agissant d'e l'ex-président, nos compatriotes sondés se sont forcément exprimés en établissant consciemment ou inconsciemment une comparaison avec son successeur.

Même ceux qui n'aimaient pas sa politique, reconnaissent que Jacques Chirac avait et a encore une bonne gueule, qui passait bien aux "guignols de l'Info". Ils l'appelaient "Chichi", c'est mignon tout plein "Chichi" pas vrai? et puis on le trouvait et on le trouve encore  sympa. Comme je l'ai déjà dit sur ce blog, un homme qui dans sa jeunesse a vendu l'Huma-Dimanche à la criée a forcément un bon fond de générosité et ne peut pas être un mauvais bougre. (1)

Si les Français aimaient Sarkozy, ils l'appelleraient "Zizi" et non pas Sarko, surnom qui, reconnaissez-le même si vous ne savez pas le Grec, fleure plus le Roblot que le Reblochon.

Mais surtout Chichi savait et sait encore caresser avec naturel le cul des vaches au salon de l'Agriculture. Ce qui est important en effet , c'est de bien rappeler que depuis le gigantesque exode rural que notre cher pays a connu, il y a en chaque Français un paysan qui sommeille et ne demande qu'à se réveiller ne serait-ce qu'en faisant étalage de ses connaissances en matière de terroirs, qu'il exprime généralement dans l'affichage de ses goûts culinaires. Il se rappelle que s'il foule aujourd'hui le macadam, ses parents ou ses aïeux avaient les pieds dans la glèbe et  parfois dans la bouse. Que je sache, il n'y a pas plus de glèbe que de bouse à Neuilly-sur-Seine.














Patrick Kovarik / AFP


Ainsi, parmi les Parisiens, il y a ceux qui ont la nostalgie du Maroilles et du Petit Quinquin de chez les Ch'tis, d'autres celle du jambon de Bayonne,  ou de la Mojette de Vendée, du Far breton, de la Bourrée en Auvergne ou de la Rosette de Lyon, de l'Eclade de Charente Maritime, de la Fondue savoyarde, de l'Aïoli ou des Pieds-paquets.

Parlons des Présidents de la V-ème République. Ne parlons pas de Charles de Gaulle. Il était à part, transcendant. Il était la France à lui tout seul. C'était la statue du Commandeur. On se laissait parfois aller à l'appeler le Grand Charles ou, quand on était mécontent, on criait: "Charlot! Des sous!". Mais il en imposait.

Pompidou, lui on l'appelait affectueusement "Pompon" ou "Montboudif", du nom de son village natal qui fleure bon le fromage, les tripoux, la Truffade et les Fritons. Et Montboudif, ça n'est pas un nom ordinaire. C'est cocasse. Ça parait une blague, une gauloiserie.

Giscard, c'était autre chose. On le trouvait un peu trop aristo mais c'était compensé par son goût pour l'accordéon et surtout par ce que il y avait chez lui du "fouchtra! cha chent bon l'Chaint-Nectaire" produit de la terre de notre inoubliable héros Vercingétorix.

Mitterrand. Il n'avait pas l'air vraiment avenant. C'était un intellectuel avec un peu de Machiavel.  Aussi l'appelait-on parfois "le Florentin". Mais le plus important c'est qu'on l'appelait "Tonton". Affectueux n'est-ce-pas? Et puis Mitterrand c'était aussi les charentaises aux pieds au coin du feu, le Cognac et quelques échappées dans la senteur des pins landais et les pierres rugueuses de la Roche de Solutré.

Pour en revenir à Chichi, rappelons qu'à part le fait de savoir caresser entre autres le cul des vaches, c'est aussi  la Corrèze avec son boudin aux châtaignes et la brioche au ris de veau.

La culture et l'identité françaises ne siègent pas seulement dans la tête mais aussi dans les tripes. Ne sommes-nous pas, même quand on est noir ou d'origine maghrébine les héritiers des Gaulois et de Pantagruel par Gargantua et Grandgousier, qui, je n'en doute pas, auraient aimé les accras de la Guadeloupe et le Couscous, premier plat préféré des Français.

La glèbe ! La glèbe ! Tout est dans la glèbe.

1) Lorsque j'étais journaliste, j'ai eu le privilège avec  deux confrères d'accompagner Jacques Chirac, alors maire de Paris, dans un voyage de quelques jours en pays arabe. Dans cette intimité, J'ai été frappé par sa prévenance, sa cordialité, son naturel, sa simplicité et surtout son avide curiosité pour les cultures du monde traduisant son attirance vers l'universel humaniste. Certes il a eu des dents de loup pour faire sa place à ses débuts dans la politique. C'est le jeu naturel.  Mais il reste pour moi celui qui a su dire non à Bush qui voulait nous fourvoyer dans l'affaire d'Irak. Ce n'était pas de l'anti-américanisme comme le disent aujourd'hui quelques imbéciles mais la manifestation d'un legs gaullien. Je reprocherai toutefois à J. Chirac de ne pas avoir cherché à promouvoir la formation d'un gouvernement d'union nationale après son élection de 2002 acquise avec 82% des voix de gauche et de droite confondues.


Publié dans Politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article