OMAR EL-BACHIR

Publié le par Yaqzan


Le fossoyeur d'une démocratie éphémère méconnue


Avant de devenir le bourreau des peuples du Darfour, le général  Omar el-bachir, en prenant le pouvoir par un coup d'état le 30 Juin 1989, a détruit un régime démocratique dont il était fort peu parlé.

L'attention des chancelleries occidentales était en effet entièrement monopolisée par l'interminable guerre du Sud-Soudan opposant Khartoum et le nord arabo-musulman du pays aux populations animistes et chrétiennes du sud.

Lorsque j'arrivai en 1987 pour la première fois à Khartoum en qualité de journaliste je fis une découverte pour moi fort étonnante. Connaisseur du monde arabe mais encore peu initié à la réalité soudanaise,  je trouvai une société imprégnée d'un sens naturel de la convivialité démocratique que je n'avais constaté jusqu'alors dans aucun autre pays arabe. Je me demandai s'il ne s'agissait pas là d'un héritage de la présence britannique passée.

Depuis les élections législatives d'avril 1986, qui avaient suivi la chute du régime islamique autoritaire du maréchal Gaafar el-Nimeyri, et  auxquelles une trentaine de partis avaient présenté des candidats, le pays était dirigé par un gouvernement de coalition formé  par M. Sadek el-Mahdi* autour de son  parti, l' Oumma et du Parti Démocratique Unioniste (PDU) de M. Mohamed Osman el-Mirghani. Ces deux partis étaient respectivement l'émanation de la confrérie politico-religieuse des Ansars et de la confrérie soufie Khatmiya.  Le Front National Islamique (FNI), mouvement intégriste conduit par m. Hassan El-Tourabi, battu aux élections, était tenu à l'écart du gouvernement.

Je découvrais donc en 1987 un pays où la démocratie était une réalité tangible du moins dans les régions où s'exerçait pleinement le contrôle de l'état. La liberté d'expression et notamment de la presse (pas moins  de vingt-cinq titres) y était totale tout comme la liberté d'association ou la garantie du libre exercice des activité syndicales, y compris le droit de grève et de manifestation. Le pluripartisme était de règle, allant au-delà des formations traditionnelles déjà citée jusqu'au parti Baas, aux pro-nassériens et au Parti Communiste fortement implanté, puissant et actif alors que  pratiquement inexistant dans les autres pays arabes.

Au quotidien, le débat politique était vivant et ouvert, que ce soit sur les pas de porte, dans les lieux publics ou dans  les colonnes des journaux.

Quant à la Charia (Loi islamique) instaurée par le maréchal Nimeyri, le nouveau régime de ce pays musulman ne pouvant par principe  l'abolir officiellement ne la maintint que virtuellement, sans plus aucune application des peines légales et de leurs atrocités. voir:
OBSCURANTISME ET ABOMINATION (TEMOIGNAGE)

M
ais cette démocratie nouvelle était menacée et courait à sa perte. La guerre civile du sud opposant l'armée gouvernementale au mouvement du colonel John Garang (Armée de Libération des peuples du Soudan-APLS)  était omniprésente dans les conversations et dans la presse. Ce débat était généralement animé par des intellectuels et politiciens originaires du sud, agissant dans le cadre politique légal, et le quotidien indépendant d'expression anglaise,  "Sudan Times" lui ouvrait ses colonnes sans hésiter à interpeller le gouvernement, de même que l'hebdomadaire "Heritage" qui pouvait de permettre de publier sur trois numéros une interview du chef de la rébellion sudiste.

Les jours de ce régime étaient comptés. Incapable de résoudre le problème du sud et de gérer une économie en faillite et une situation sociale désastreuse avec son cortège de trafics parallèles et de corruption, Sadek el-Mahdi s'est trouvé face à un mécontentement populaire croissant qui allait le conduire à composer avec Hassan el-Tourabi puis s'effondrer en juin 1989 sous le coup d'état d'Omar El-Bachir.

Ce dernier prît immédiatement prétexte des trafics parallèles de monnaie et de la corruption pour se lancer dans une campagne d'épuration qui dépassa très vite le cadre économique pour s'étendre au reste de la société afin de se débarrasser de toute opposition possible. Il y eût l'interdiction des partis, des arrestations, dont celle de Sadek el-Mahdi, des exécutions. la dissolution de la presse indépendante. Une répression systématique.

Et il y a le Darfour.

Aujourd'hui la presse est muselée, des journalistes arrêtés, des parutions interdites ou censurées. Je ne m'étendrai pas sur ce sujet pour lequel je vous renvoie au site de Reporters sans Frontières.
link

* Sadek el-Mahdi est le descendant direct du guerrier mystique Muhammad al-Mahdi vainqueur du célèbre général britanique John Gordon, connu communément sous le nom de Gordon Pacha, tué le 6 janvier 1885 à Khartoum.



Publié dans Témoignages

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