JOURNALISTES D'AGENCE

Publié le par Yaqzan

Les tâcherons de l'info


Yaqzan revu par lui-même

-Alors comme ça vous étiez journaliste?

-Oui, je l'ai été pendant 35 ans.

-Dans quel journal?

-Pas dans un journal. Dans une agence de presse.

-C'est quoi ça?

-Il ne vous arrive pas d'entendre quelques fois aux infos: Selon Reuter ou selon l'AFP, un avion s'est écrasé etc...?

-Oui ça m'arrive mais je ne vois pas très bien à quoi ça correspond.

-Bien voilà: Les agences de presse mondiales, comme Reuter, la britannique, ou l'AFP (Agence France-Presse), sont des organismes chargés de collecter l'information dans le monde entier pour la fournir moyennant un abonnement aux organes de presse du monde entier principalement. Cela suppose un information libre et indépendante  qui puisse être  acceptée par les organes de presse de toutes tendances, l'Humanité comme le Figaro par exemple.

Ainsi l'AFP emploie 1.300 journalistes répartis entre 165 pays. Elle diffuse ses informations en six langues, le Français, l'Anglais, l'Espagnol, l'Allemand, le Portugais et l'Arabe.

-C'est énorme! Pourquoi ne parle-t-on pas de vous. Pourquoi ne vous connaît-on pas comme ceux de la Télé ou des grands hebdomadaires? comme les Poivre d'Arvor, les Chabot, les Chazal, les Ockrent etc?

-Si le journaliste d'agence n'existait pas, il faudrait l'inventer. Il est indispensable pour le reste de la presse. Mais c'est un anonyme. Il y a bien longtemps, j'avais inventé pour le qualifier l'expression "soutier de l'information", celui qui fait marcher le bateau mais qui, dans son fond de cale, ne voit jamais le soleil de la célébrité.

-Autrement dit, c'est un véritable sacerdoce que vous exerciez?

-Il y a un peu de ça. Il n'y a pas vraiment de fantaisie dans ce boulot. Il y a des règles strictes à respecter pour être crédible. Il faut être capable d'écrire sur tout, la société, la politique, la culture, la science etc.

-Cela suppose des connaissances encyclopédiques?

-Détrompez-vous. Pas du tout! Il ne s'agit pas d'étaler son savoir, même si cela peut aider d'avoir quelque savoir, surtout en langues étrangères, et une bonne culture générale Non il s'agit de transmettre l'avis de ceux dont on sait qu'ils ont le savoir. Le journaliste d'agence est un intermédiaire, un transmetteur, pas un créateur. Il peut avoir ses propres opinions et avis mais ne doit exprimer que ceux des autres, ceux que l'on appelle "les sources". On ne doit pas apporter son propre commentaire, mais situer l'événement dans son contexte, le mettre en perspective. Même l'adjectif qualificatif est banni sous votre plume.

-C'est proprement frustrant!

Pas vraiment. Il est vrai que ça exige une certaine humilité, mais ce métier m'a permis de voir du pays de connaître des gens intéressants, importants, d'observer des sociétés, de se frotter à des cultures diverses.

A cet égard,  en dehors des exigences impératives de l'actualité événementielle, qui gouvernent le travail du journaliste d'agence, il existe des espaces de liberté où le rédacteur peut exprimer  sa personnalité, notamment  dans son choix de traiter certains sujets plutôt que d'autres dans des domaines comme la culture, la société, le pittoresque, l'insolite. Dans ces espaces de plus grande liberté, il peut imposer son propre style d'écriture.

A  propos des gens importants que le journaliste a le privilège de rencontrer, je voudrais dire qu'il ne faut pas tomber dans le travers consistant à lier des rapports trop étroits avec les hommes politiques. Il faut garder ses distances pour sauvegarder son indépendance. Il ne faut pas oublier que les politiques sont en permanence tentés de se servir de la presse. Il n'est pas question de faire ami ami.

-Pourquoi donc avez-vous choisi ce métier?

-Un peu par hasard. Je ne le regrette pas car j'ai toujours été un fieffé paresseux et ce métier convient tout à fait aux paresseux car il les oblige à travailler.

-Ah bon?

-Oui, le journaliste d'agence en poste ici ou là doit être sur le qui-vive 24 heures sur 24. Comme on dit, l'information n'attend pas. Il faut être ultra-rapide dans la transmission de l'événement et surtout ne pas rater celui-ci. Il y a une concurrence féroce, diabolique entre les diverses agences.

C'est pas de la tarte!

-Non effectivement. C'est terriblement stressant et je n'ai jamais rencontré autant de névrotiques que dans ce métier. Mais ils arrivent à se dépasser dans le feu de l'action.

-Vous avez sans doute des supérieurs pour vous guider?

-Oui. Nous avons des rédacteurs-en-chef, qui établissent des prévisions, lancent des alertes, vous suggère des sujets d'enquêtes etc. Ils vous communiquent tout ça par note. Il y a parfois des notes désagréables mais toujours polies, telles que:  "On a eu sur l'événement un quart d'heure de retard par rapport à la concurrence". Traduit en Français ça veut dire: "vous avez été en dessous de tout". Les félicitations sont tout aussi neutres: "Nous avons eu un quart d'heure d'avance sur la concurrence". Ça fait plaisir quand même.

- Qu'est ce qui vous a le plus hanté dans l'exercice du métier.

-Il y a une chose terrible, diabolique. On n'arrive pas à s'y faire. Ça s'appelle le "dead line" autrement dit la "ligne de mort", le délai à ne pas dépasser. Je vous livre un exemple de cette horrible chose sous une forme un peu caricaturale mais qui rend bien compte de l'horreur de la chose. Voici donc:

Supposez que vous êtes en poste dans le Sud-Ouest. Vous arrivez à 8h30 au bureau. La secrétaire vous tend une note de la "Redchef". On y lit: "Il nous faut avant  18h00 papier 400 mots sur accouplement et  nidification des cormorans sur le bassin d'Arcachon". 

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Mai 68, 25 avril 74, le réveil du Portugal





Publié dans Témoignages

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